Auteur/autrice : corinne

Internet et les jeux vidéo créent-ils des comportements pathologiques ou révèlent-ils des pathologies préexistantes ?

WILLIAM LOWENSTEIN – On peut établir un parallèle avec les usages problématiques, voire les abus de cannabis chez les jeunes. On retrouve en effet très souvent une psychopathologie associée à l’usage abusif des écrans et une inquiétude des parents, légitime bien que parfois excessive.

On se trouve face au paradoxe de la poule et de l’œuf : est-ce que ce sont les problèmes personnels psychologiques qui trouvent une forme d’automédication ou de soulagement dans un usage excessif des écrans ou est-ce que ces usages excessifs créent eux-mêmes leurs propres problèmes ?

Notre rôle en tant que médecin est d’essayer d’apporter une réponse à cette question. Et une fois que le « pourquoi » a été abordé, c’est le « comment » qui est intéressant : comment aider le patient à retrouver le contrôle de son usage des écrans ?

Quel rôle l’école doit-elle jouer dans l’éducation des enfants au bon usage des écrans ?

SERGE TISSERON – Un rôle majeur. Tout d’abord, il est essentiel que les enfants, dès l’école primaire, soient invités à comprendre le fonctionnement du numérique : l’histoire des machines (à commencer par la machine à calculer de Pascal), des algorithmes, du langage de programmation (à commencer par « Scratch », disponible gratuitement sur Internet), et des lois de l’information.

Parallèlement, les enfants gagneront à être sensibilisés à l’influence des écrans sur eux. C’est l’objectif du livret pédagogique « Le Cerveau, les écrans et l’enfant » que La Main à la pâte a conçu pour les élèves de CM1 et CM2, et qui a été lancé en janvier 2013.

En troisième lieu, cette éducation portera aussi sur les devoirs et les droits sur internet. C’est ce qu’on appelle la citoyenneté numérique. Trop d’adolescents ignorent les répercussions possibles de la mise en ligne de photographies, lors de la recherche ultérieure d’un travail. Cette éducation implique aussi la connaissance de tous les pièges qui sont sans cesse tendus sur Internet : publicités cachées, harcèlements plus ou moins explicites, plagiats, fake news, faux sites gratuits, etc.

Enfin, il est essentiel d’expliquer dès sept ans les modèles économiques et marketing d’Internet : jeux vidéo, Facebook, Google, Skype, Youtube, etc. Car il y aurait un grand risque à leur laisser croire que les services – bien réels – qu’Internet nous rend sont sans contrepartie, autant dire « gratuits ». Le risque dans l’utilisation de l’Internet ne vient pas seulement de ce que la personne peut y révéler d’elle-même. Les médias numériques collectent et exploitent à notre insu toutes les traces que nous laissons ou que d’autres laissent à notre sujet. L’éducation doit sensibiliser nos enfants au fait qu’Internet est aussi un gigantesque marché dans lequel les jeunes représentent, en tant qu’utilisateurs, une source de revenus dont on cherche à tirer parti par tous les moyens, sans aucune préoccupation éducative.

Les réseaux sociaux entraînent-ils de mauvaises notes à l’école ?

De nombreuses études aux résultats souvent contradictoires ont tenté au cours des dernières années de mettre à jour une corrélation entre une utilisation excessive des réseaux sociaux par les jeunes et l’obtention de mauvais résultats scolaires. Face à l’absence de conclusions consensuelles sur ce point, des chercheurs de l’Université de Bamberg ont essayé de faire le point en réalisant une méta-analyse à partir de 59 études ayant concerné au total près de 30 000 jeunes dans le monde. Leurs conclusions sont à nouveau très nuancées et ne permettent pas d’établir une relation claire et scientifiquement fondée entre une utilisation importante des réseaux sociaux et les résultats scolaires. Toutefois, à défaut de pouvoir conclure de façon définitive sur cette question, les chercheurs incitent les parents à s’intéresser aux activités de leurs enfants sur les réseaux sociaux pour pouvoir en parler avec eux et le cas échéant, pour les mettre en garde contre les éventuels risques liés à cette pratique.

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Quels sont les risques liés à une pratique excessive des jeux vidéo ou des réseaux sociaux ?

PIERRE-MARIE LLEDO – La pratique des jeux vidéo ou des réseaux sociaux est davantage une opportunité à mon sens qu’une menace. Elle offre en effet la possibilité de travailler avec d’autres, d’échanger, de faciliter la mise en relation, ce qui est très bénéfique pour des individus timides. Pour autant, en cas d’excès, de perte de contrôle, ces activités peuvent devenir dangereuses à trois niveaux :

  • Au plan métabolique : la sédentarité liée aux activités sur écrans augmente le risque de souffrir d’obésité. N’oublions pas les enseignements de la préhistoire : c’est lorsque nous sommes sortis d’Afrique et que nous nous sommes redressés (bipédie) que le cerveau a pu augmenter de taille. Faire un grand nombre de pas chaque jour n’est donc pas une mode (passagère) mais bien une nécessité pour notre cerveau.
  • Au plan neurologique : l’usage excessif des jeux vidéo et des écrans en général augmente le risque de souffrir de crises d’épilepsie (pour les individus ayant une prédisposition sur ce point), de fatigue oculaire et de troubles du rythme circadien. La lumière bleue maintient en effet le taux de cortisol (hormone de l’éveil) à un niveau élevé et peut entraîner des troubles du sommeil en cas d’activités sur écrans la nuit.
  • Au plan psychique : l’exposition soutenue aux jeux vidéo peut entraîner une confusion entre le réel et le virtuel. Dans certaines tueries de masse, la surconsommation de jeux vidéo a ainsi pu être déclencheur d’un passage à l’acte, d’une violence exacerbée.

Enfin, le danger spécifique à la pratique intensive des réseaux sociaux est le manque de recul et, in fine, le fait de ne plus faire preuve de libre arbitre par manque de culture du doute, de scepticisme.

Nouveau carnet de santé : des recommandations pour un bon usage des écrans

Le carnet de santé fait peau neuve. Un nouveau modèle, mis à jour sur la base des recommandations du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP),  entre en vigueur le 1er avril 2018. Fait nouveau, des recommandations en matière d’usage des écrans sont faites aux parents. Un paragraphe entier est ainsi consacré à cette question, devenue un sujet de préoccupation majeur pour de nombreuses familles et professionnels de santé. On peut y lire notamment qu’il est fortement déconseillé de laisser son enfant de moins de trois ans dans une pièce où la télévision est allumée même s’il ne la regarde pas. Par ailleurs, quel que soit l’âge de l’enfant, le Ministère des Solidarités et de la Santé rappelle aux parents quelques règles essentielles de bon usage des écrans :

  • éviter d’installer un téléviseur dans la chambre des enfants ;
  • résister à la tentation de se servir de la tablette ou du smartphone comme doudou pour calmer l’enfant, l’accompagner durant ses repas ou avant son sommeil ;
  • éviter d’utiliser un casque audio ou des écouteurs pour le calmer ou l’endormir.

Des conseils à suivre à la lettre pour le bien-être des plus petits…

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Ecrans et autisme : une contre-vérité

Au cours des derniers mois, Internet et les médias se sont fait l’écho d’une théorie portée par certains experts alarmistes et selon laquelle la surexposition aux écrans entraînerait des troubles proches de ceux de l’autisme, à tel point que ceux-ci n’hésitent pas à parler d’autisme virtuel. Le Journal International de Médecine met en garde contre cette théorie aussi fantaisiste que dangereuse. En effet, selon lui, parler d’autisme virtuel revient à :

  • créer un amalgame entre autisme et écrans alors que l’autisme n’a rien à voir avec les écrans ;
  • blesser et culpabiliser les parents d’enfants autistes ;
  • remettre en question le diagnostic posé par de nombreux spécialistes de l’autisme en suggérant qu’il y a aurait de « vrais » et de « faux » autistes.

De nombreux parents d’enfants autistes, soutenus par des spécialistes reconnus de l’autisme, sont montés au créneau pour dénoncer les risques liés à la médiatisation de cette théorie à caractère sensationnel qui génère de la peur plus qu’elle n’apporte des solutions. Car l’enjeu n’est pas tant de mettre au pilori les écrans que de promouvoir leur usage raisonné et raisonnable.

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Trop d’écrans, un frein à l’apprentissage de l’écriture ?

Tel est le constat dressé par des praticiens britanniques, comme le rapporte le quotidien le Guardian. D’après ces experts, une utilisation précoce et intensive des écrans nuirait à l’apprentissage de la micromotricité, indispensable pour commencer l’écriture.

Sally Payne, ergothérapeute en chef de la Fondation Heart of England NHS Trust, s’inquiète ainsi d’une évolution négative des facultés des enfants en matière d’écriture sur les dix dernières années. Et ce manque d’habileté et de force musculaire dans les mains serait, selon cette spécialiste, en grande partie imputable à l’omniprésence des nouvelles technologies dans la vie des enfants.

Or, comme elle le rappelle, les jeux traditionnels (construction, découpage, collage…) sont essentiels pour développer les muscles des mains et acquérir la motricité fine nécessaire pour tenir un crayon correctement. Pour autant, inutile de s’alarmer outre mesure car ces problèmes d’apprentissage de l’écriture ne sont pas irrémédiables et peuvent à tout moment être corrigés par des séances de travail adaptées.

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L‘usage excessif du smartphone, facteur d’échec scolaire ?

C’est la conclusion d’une récente étude menée par deux universités belges. Le constat est sans appel : les étudiants ayant un usage important de leur smartphone durant les cours réussiraient 60,6 % de leurs examens, contre 68 % pour les autres élèves. En cause, une moindre concentration liée aux activités sur écran : consultation des réseaux sociaux, chat, recherche d’information, lecture de mails, prise de photos… Face à ce phénomène, les enseignants ont tout intérêt à faire preuve d’inventivité dans leurs cours pour capter l’attention de leurs étudiants et les détourner de leurs sacro-saints écrans. Mais les étudiants eux-mêmes ne doivent pas être en reste et faire un travail sur eux-mêmes pour oublier leur téléphone durant leurs heures de cours.

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L’Hôpital Paul Brousse, une prise en charge unique de l’usage abusif des jeux vidéo

Cet hôpital fait figure de pionnier en France puisqu’il est le seul à proposer aux patients ayant un usage problématique des jeux vidéo une prise en charge thérapeutique intensive. Au programme de cet accompagnement de long terme, l’intégration à des groupes de parole regroupant des patients souffrant de tout type d’addictions (pour favoriser le partage d’expériences) et des ateliers pluridisciplinaires. La durée moyenne de la prise en charge est de six mois, à raison de deux à trois journées de présence à l’hôpital chaque semaine.

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