Comme le rappelle Serge Tisseron, « ce ne sont pas les écrans qui sont toxiques, c’est leur mauvais usage ».

Les supprimer de nos vies serait aussi illusoire qu’inutile. L’enjeu n’est pas tant de les éviter que de savoir distinguer le bon du mauvais usage.

A quel moment l’utilisation des écrans peut-elle devenir un problème ?
Peut-on aller jusqu’à parler d’une addiction, similaire à la dépendance aux drogues ?

Ces questions sont au cœur du débat public. Le caractère relativement récent du phénomène, le manque de recul et l’absence de consensus scientifique invitent toutefois à la prudence.

Des Français conscients des dangers liés aux écrans

Woman sleeping and holding a mobile phone in the bed

Un sondage réalisé par l’IFOP pour Psychologies magazine en décembre 2012 [1] montre à quel point les Français sont préoccupés par le bouleversement que les écrans entraînent dans leur vie :

  • 71 % pensent que la place occupée par les écrans dans la vie quotidienne nuit à la qualité des relations. 75 % des femmes et 67 % des hommes estiment que les liens générés par les écrans ne peuvent remplacer les relations réelles et font courir des risques à la qualité des échanges au travail, en famille ou en couple.
  • 69 % se disent préoccupés par la place prise par les écrans dans la vie de leurs enfants. Cette préoccupation est plus marquée chez les personnes diplômées, les plus âgées et les catégories sociales favorisées.
  • 59 % se disent dépendants de leurs outils numériques (ordinateurs, Smartphone, tablettes). 83 % disent tout de même parvenir à se fixer des limites dans leur utilisation.

[1] Sondage Ifop pour Psychologies magazine, réalisé auprès d’un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus de mille trois personnes, par questionnaire auto-administré en ligne les 20 et 21 décembre 2012.

Peut-on parler d’addiction aux écrans ?

Certains experts militent pour que l’usage abusif des écrans soit reconnu comme une « addiction sans drogue » en raison de ses symptômes qui peuvent s’apparenter à ceux des personnes souffrant d’une addiction traditionnelle, et souhaitent qu’il fasse son entrée comme pathologie mentale dans les classifications internationales.

Mais cette opinion ne fait pour l’heure pas l’objet d’un consensus et le concept d’addiction aux écrans n’est aujourd’hui pas reconnu par l’Académie des sciences.

« A ce jour, seuls les jeux d’argent ont été reconnus par la communauté scientifique internationale comme une addiction. Pour ce qui concerne les pratiques excessives d’Internet et des jeux vidéo, aucune étude ne permet à ce jour d’affirmer qu’il s’agit de dépendance ou d’addiction au sens qui est donné aujourd’hui à ces mots »[2].

Deux arguments, entre autres, sont avancés pour justifier cette affirmation : d’une part, l’absence de symptôme physiologique de sevrage quand un individu est privé d’écrans ; d’autre part, l’absence de de risque de rechute lorsque l’on a arrêté, contrairement aux substances psychoactives comme la cigarette et l’alcool notamment.

[2] « L’Enfant et les écrans » – avis de l’Académie des Sciences – 2013

En l’état actuel des connaissances, nous parlerons donc d’usage problématique des écrans plutôt que d’addiction.

Quand parler d’usage problématique des écrans ?

Si l’on surfe sur Internet plus de quatre heures par jour, qu’on laisse la télévision allumée toute la journée, ou que l’on est accro à son portable au point de s’endormir et de se réveiller avec et de ne plus pouvoir s’en passer, est-on dans un usage problématique des écrans ? Pas nécessairement ! En effet, plusieurs conditions doivent être réunies pour que l’on parle de pratique excessive voire pathologique des écrans :

  • le comportement devient exclusif : les écrans deviennent le principal centre d’intérêt de la personne qui ne vit que pour eux au détriment de tout le reste (sa vie privée, sa vie sociale, ses loisirs habituels, son travail…) ;
  • la personne « perd le contrôle » : le plaisir l’emporte sur la raison, le besoin irrépressible l’emporte sur le désir, l’autorégulation devient impossible et le sentiment d’insatisfaction est permanent (on n’a jamais assez d’écrans) ;
  • un sentiment de manque ou de malaise s’installe en cas déconnexion ;
  • la pratique des écrans a des conséquences négatives durables au plan social, professionnel et psychologique (pour en savoir plus, voir « Les conséquences d’un usage excessif ») ;
  • elle génère de la souffrance pour la personne mais aussi pour ses proches.

« S’il est normal de se connecter, il est en revanche anormal d’en souffrir. »

Pour en savoir plus  : « Comment savoir si l’on est dans un usage à risque ? »

Internet : Les différentes catégories d’utilisateurs excessifs

De nombreux psychiatres ont essayé de classifier les personnes ayant une pratique excessive d’Internet. Parmi les différentes classifications, une des plus répandues regroupe les individus ayant un usage problématique d’internet en cinq catégories :

  • la cybersexualité (participer à des activités à caractère sexuel en ligne, soit par le moyen de « tchat » ou de vidéoconférence « webcam ») et la cyberpornographie (regarder, télécharger ou acheter de la pornographie en ligne) qui sont les formes les plus répandues d’usage problématique d’internet ;
  • les cyberrelations tels que les tchats, les courriels, les réseaux sociaux ;
  • les jeux vidéo en ligne ;
  • les dépendances à caractère monétaire tel que les enchères en ligne, les casinos en ligne, et les achats en ligne ;
  • le surf compulsif à la recherche d’informations (infolisme) qui consiste à amasser d’importantes quantités de contenus et d’informations en ligne.